-- MySQL dump 9.07 -- -- Host: localhost Database: full --------------------------------------------------------- -- Server version 4.0.12-max-nt -- -- Table structure for table 'example_auteur' -- CREATE TABLE example_auteur ( idexample_auteur int(10) unsigned NOT NULL auto_increment, nomauteur varchar(50) default NULL, PRIMARY KEY (idexample_auteur) ) TYPE=MyISAM; -- -- Dumping data for table 'example_auteur' -- INSERT INTO example_auteur VALUES (1,'SÉNÈQUE'); INSERT INTO example_auteur VALUES (2,'Voltaire'); INSERT INTO example_auteur VALUES (3,'Jean-Jacques ROUSSEAU'); INSERT INTO example_auteur VALUES (4,'PLATON'); INSERT INTO example_auteur VALUES (5,'Blaise PASCAL'); INSERT INTO example_auteur VALUES (6,'MONTAIGNE'); INSERT INTO example_auteur VALUES (7,'Nicolas MACHIAVEL'); INSERT INTO example_auteur VALUES (8,'HÉRACLITE'); INSERT INTO example_auteur VALUES (9,'Épicure'); INSERT INTO example_auteur VALUES (10,'DIDEROT'); INSERT INTO example_auteur VALUES (11,'DESCARTES'); INSERT INTO example_auteur VALUES (12,'ARISTOTE'); INSERT INTO example_auteur VALUES (13,'Collectif'); -- -- Table structure for table 'example_fulltext' -- CREATE TABLE example_fulltext ( idexample_fulltext int(10) unsigned NOT NULL auto_increment, date_texte date NOT NULL default '0000-00-00', titre varchar(200) default NULL, auteur int(11) NOT NULL default '0', commentaire tinytext, texte text, validite tinyint(1) default NULL, PRIMARY KEY (idexample_fulltext), FULLTEXT KEY example_fulltext_plein (texte,commentaire,titre), KEY example_fulltext_auteur (auteur) ) TYPE=MyISAM; -- -- Dumping data for table 'example_fulltext' -- INSERT INTO example_fulltext VALUES (1,'0000-00-00','Déclaration des droits de l\'homme et du citoyen',13,NULL,'Les représentants du peuple français, constitués en Assemblée nationale, considérant que l\'ignorance, l\'oubli ou le mépris des droits de l\'homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements, ont résolu d\'exposer, dans une déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de l\'homme, afin que cette déclaration, constamment présente à tous les membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs; afin que les actes du pouvoir législatif et ceux du pouvoir exécutif, pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique, en soient plus respectés; afin que les réclamations des citoyens, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la Constitution et au bonheur de tous. \rEn conséquence, l\'Assemblée nationale reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l\'Être Suprême, les droits suivants de l\'homme et du citoyen. \r\rArticle premier - Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l\'utilité commune.\r\rArticle 2 - Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l\'homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l\'oppression.\r\rArticle 3 - Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la Nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d\'autorité qui n\'en émane expressément.\r\rArticle 4 - La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l\'exercice des droits naturels de chaque homme n\'a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi.\r',1); INSERT INTO example_fulltext VALUES (2,'0000-00-00','La Politique, livre I, chap. 2',12,'in Aristote, Morale et Politique, trad. Thurot, Paris, 1881','L\'association composée de plusieurs bourgades forme une cité parfaite, possédant tous les moyens de se suffire à elle-même, et ayant atteint pour ainsi dire le but de toute société. Née uniquement du besoin de vivre, elle existe pour vivre avec aisance et abondance. C\'est pourquoi l\'on peut dire que toute cité est le fait de la nature, puisque c\'est la nature qui a formé les premières associations; car la cité, ou société civile, est la fin de ces associations. Or la nature des êtres est leur fin; car l\'état où se trouve chaque être à partir du moment de sa naissance jusqu\'à son parfait développement, voilà ce que nous appelons la nature de cet être, de l\'homme, par exemple, du cheval, de la famille. En outre le but pour lequel il a été créé est pour lui ce qu\'il y a de plus avantageux et de meilleur; en effet, la condition de se suffire à soi-même est la fin de tout être et ce qu\'il a de meilleur pour lui.',1); INSERT INTO example_fulltext VALUES (3,'0000-00-00','La Politique, livre III, chap. 6 et 7',12,'in Aristote, Morale et Politique, trad. Thurot, Paris, 1881','Tous les gouvernements qui ont pour but l\'utilité commune des citoyens, sont bons et conformes à la justice, dans le sens propre et absolu; mais tous ceux qui ne tendent qu\'à l\'avantage particulier des hommes qui gouvernent, sont dans une fausse route; ce ne sont que des corruptions ou des déviations des bons gouvernements. Car leur autorité est despotique au lieu que la cité ou société civile est une association d\'hommes libres. \rÀ présent donc que ces notions sont bien déterminées, il nous reste à examiner combien il y a de formes diverses de gouvernement et quelles elles sont; et d\'abord ceux qui sont bons, car quand nous les aurons définis, il sera facile de reconnaître quels sont les gouvernements qui n\'en sont que des dérivations et des corruptions. Or, puisque les mots république et gouvernement signifient la même chose, puisque le gouvernement est l\'activité suprême dans les États, et que nécessairement cette autorité suprême doit être dans les mains d\'un seul, ou de plusieurs ou de la multitude, il s\'ensuit que lorsqu\'un seul, ou plusieurs, ou la multitude usent de l\'autorité conformément à l\'utilité commune, il faut nécessairement que ces gouvernants soient bons; mais que ceux qui n\'usent du pouvoir que dans l\'intérêt d\'un seul, ou de plusieurs ou de la multitude, sont des déviations de ces bons gouvernements. Car il faut que l\'on convienne, ou que ceux qui en sont membres ne sont pas des citoyens, ou qu\'ils doivent participer à l\'avantage général.\r\rEntre les monarchies on donne communément le nom de royauté à celle qui a pour but l\'intérêt général. Le gouvernement d\'un petit nombre d\'hommes ou de plusieurs et non d\'un seul, s\'appelle aristocratie, soit parce que l\'autorité est entre les mains des meilleurs gens de bien, soit parce qu\'ils en usent pour le plus grand bien de l\'État et de tous les membres de la société. Enfin, lorsque la multitude gouverne dans le sens de l\'intérêt général, on donne à cette forme de gouvernement le nom de république, qui est commun à toutes les autres formes. [...] Les gouvernements qui sont des déviations ou des dégénérations de ceux que nous venons de nommer sont : par rapport à la royauté, la tyrannie; par rapport à l\'aristocratie, l\'oligarchie; et par rapport à la république, la démocratie. En effet la tyrannie est une monarchie gouvernée dans l\'intérêt du monarque; l\'oligarchie est dirigée dans le seul intérêt des riches, et la démocratie dans le seul intérêt des pauvres; mais aucun de ces gouvernements ne s\'occupe de l\'utilité ou de l\'avantage de la société tout entière\r',1); INSERT INTO example_fulltext VALUES (4,'0000-00-00','Principes de la philosophie',11,'Préface de \"Principes de la philosophie\"','J\'aurais ensuite fait considérer l\'utilité de cette philosophie, et montré que, puisqu\'elle s\'étend à tout ce que l\'esprit humain peut savoir, on doit croire que c\'est elle seule qui nous distingue des plus sauvages et barbares, et que chaque nation est d\'autant plus civilisée et polie que les hommes y philosophent mieux; et ainsi que c\'est le plus grand bien qui puisse être dans un État que d\'avoir de vrais philosophes. Et outre cela que, pour chaque homme en particulier, il n\'est pas seulement utile de vivre avec ceux qui s\'appliquent à cette étude, mais qu\'il est incomparablement meilleur de s\'y appliquer soi-même; comme sans doute il vaut beaucoup mieux se servir de ses propres yeux pour se conduire, et jouir par même moyen de la beauté des couleurs et de la lumière, que non pas de les avoir fermés et suivre la conduite d\'un autre; mais ce dernier est encore meilleur que de les tenir fermés et n\'avoir que soi pour se conduire. Or, c\'est proprement avoir les yeux fermés, sans tâcher jamais de les ouvrir, que de vivre sans philosopher; et le plaisir de voir toutes les choses que notre vue découvre n\'est point comparable à la satisfaction que donne la connaissance de celles qu\'on trouve par la philosophie; et, enfin, cette étude est plus nécessaire pour régler nos murs et nous conduire en cette vie, que n\'est l\'usage de nos yeux pour guider nos pas. Les bêtes brutes, qui n\'ont que leur corps à conserver, s\'occupent continuellement à chercher de quoi le nourrir; mais les hommes, dont la principale partie est l\'esprit, devraient employer leurs principaux soins à la recherche de la sagesse, qui en est la vraie nourriture; et je m\'assure aussi qu\'il y en a plusieurs qui n\'y manqueraient pas, s\'ils avaient espérance d\'y réussir, et qu\'ils sussent combien ils en sont capables. Il n\'y a point d\'âme tant soit peu noble qui demeure si fort attachée aux objets des sens qu\'elle ne s\'en détourne quelquefois pour souhaiter quelque autre plus grand bien, nonobstant qu\'elle ignore souvent en quoi il consiste. Ceux que la fortune favorise le plus, qui ont abondance de santé, d\'honneurs, de richesses, ne sont pas plus exempts de ce désir que les autres; au contraire, je me persuade que ce sont eux qui soupirent avec le plus d\'ardeur après un autre bien, plus souverain que tous ceux qu\'ils possèdent. Or, ce souverain bien considéré par la raison naturelle sans la lumière de la foi, n\'est autre chose que la connaissance de la vérité par ses premières causes, c\'est-à-dire la sagesse, dont la philosophie est l\'étude. Et, parce que toutes ces choses sont entièrement vraies, elles ne seraient pas difficiles à persuader si elles étaient bien déduites.\r',1); INSERT INTO example_fulltext VALUES (5,'0000-00-00','Réfutation d\'Helvétius',10,'Tome I, section IV, chap. 2, page 18.\r(publ. 1783-1786)','Le gouvernement arbitraire d’un prince juste et éclairé est toujours mauvais. Ses vertus sont la plus dangereuse et la plus sûre des séductions : elles accoutument insensiblement un peuple à aimer, à respecter, à servir son successeur, quel qu’il soit, méchant et stupide. Il enlève au peuple le droit de délibérer, de vouloir ou ne vouloir pas, de s’opposer même à sa volonté, lorsqu’il ordonne le bien; cependant ce droit d’opposition, tout insensé qu’il est, est sacré : sans quoi les sujets ressemblent à un troupeau dont on méprise la réclamation, sous prétexte qu’on le conduit dans de gras pâturages. En gouvernant selon son bon plaisir, le tyran commet le plus grand des forfaits. Qu’est-ce qui caractérise le despote ? Est-ce la bonté ou la méchanceté ? Nullement. Ces deux notions n’entrent seulement pas dans sa définition. C’est l’étendue et non l’usage de l’autorité qu’il s’arroge. Un des plus grands malheurs qui pût arriver à une nation, ce seraient deux ou trois règnes d’une puissance juste, douce, éclairée, mais arbitraire : les peuples seraient conduits par le bonheur à l’oubli complet de leurs privilèges, au plus parfait esclavage. Je ne sais si jamais un tyran et ses enfants se sont avisés de cette redoutable politique; mais je ne doute aucunement qu’elle ne leur eût réussi. Malheur aux sujets en qui l’on anéantit tout ombrage sur leur liberté, même par les voies les plus louables en apparence ! Ces voies n’en sont que plus funestes pour l’avenir. C’est ainsi que l’on tombe dans un sommeil fort doux, mais c\'est un sommeil de mort, pendant lequel le sentiment patriotique s’éteint, et l’on devient étranger au gouvernement de l’État. Supposez aux Anglais trois Élisabeth de suite, et les Anglais seront les derniers esclaves de l’Europe.',1); INSERT INTO example_fulltext VALUES (6,'0000-00-00','Lettre à Ménécée',9,'(lettre conservée par Diogène Laërce),\rTraduction R. Genaille (1933)','C’est sottise de s’affliger parce qu’on attend la mort, puisque c’est quelque chose qui, une fois venu, ne fait pas de mal. Ainsi donc, le plus effroyable de tous les maux, la mort, n’est rien pour nous, puisque tant que nous vivons, la mort n’existe pas. Et lorsque la mort est là, alors, nous ne sommes plus. La mort n’existe donc ni pour les vivants, ni pour les morts puisque pour les uns elle n’est pas, et que les autres ne sont plus. Mais la foule, tantôt craint la mort comme le pire des maux, tantôt la désire comme le terme des maux de la vie. Le sage ne craint pas la mort, la vie ne lui est pas un fardeau, et il ne croit pas que ce soit un mal de ne plus exister. De même que ce n’est pas l’abondance des mets, mais leur qualité qui nous plaît, de même, ce n’est pas la longueur de la vie, mais son charme qui nous plaît. Quant à ceux qui conseillent au jeune homme de bien vivre, et au vieillard de bien mourir, ce sont des naïfs, non seulement parce que la vie a du charme, même pour le vieillard, mais parce que le souci de bien vivre et le souci de bien mourir ne font qu’un. Bien plus naïf est encore celui qui prétend que ne pas naître est un bien et que la vie est un mal. Par exemple, celui qui dit : «Et quand on est né, franchir au plus tôt les portes de l’Hadès.»',1); INSERT INTO example_fulltext VALUES (7,'0000-00-00','De la Nature',8,'Fragments traduits du grec par Tannery (1887)','60. Un même chemin en haut, en bas.\r\r61. La mer est l\'eau la plus pure et la plus souillée; potable et salutaire aux poissons, elle est non potable et funeste pour les hommes.\r\r62. Les immortels sont mortels et les mortels, immortels; la vie des uns est la mort des autres, la mort des uns, la vie des autres.\r\r',1); INSERT INTO example_fulltext VALUES (8,'0000-00-00','Le Prince',7,'(1513, publ. 1532), chapitre XVIII\rTraduction de J. V. Périès (1826).','Chacun comprend combien il est louable pour un prince d\'être fidèle à sa parole et d\'agir toujours franchement et sans artifice. De notre temps, néanmoins, nous avons vu de grandes choses exécutées par des princes qui faisaient peu de cas de cette fidélité et qui savaient en imposer aux hommes par la ruse. Nous avons vu ces princes l\'emporter enfin sur ceux qui prenaient la loyauté pour base de toute leur conduite.\r\rOn peut combattre de deux manières : ou avec les lois, ou avec la force. La première est propre à l\'homme, la seconde est celle des bêtes; mais comme souvent celle-là ne suffit point, on est obligé de recourir à l\'autre : il faut donc qu\'un prince sache agir à propos, et en bête et en homme. C\'est ce que les anciens écrivains ont enseigné allégoriquement, en racontant qu\'Achille et plusieurs autres héros de l\'antiquité avaient été confiés au centaure Chiron, pour qu\'il les nourrît et les élevât.\r\rPar là, en effet, et par cet instituteur moitié homme et moitié bête, ils ont voulu signifier qu\'un prince doit avoir en quelque sorte ces deux natures, et que l\'une a besoin d\'être soutenue par l\'autre. Le prince, devant donc agir en bête, tâchera d\'être tout à la fois renard et lion : car, s\'il n\'est que lion, il n\'apercevra point les pièges; s\'il n\'est que renard, il ne se défendra point contre les loups; et il a également besoin d\'être renard pour connaître les pièges, et lion pour épouvanter les loups. Ceux qui s\'en tiennent tout simplement à être lions sont très malhabiles.\r\rUn prince bien avisé ne doit point accomplir sa promesse lorsque cet accomplissement lui serait nuisible, et que les raisons qui l\'ont déterminé à promettre n\'existent plus : tel est le précepte à donner. Il ne serait pas bon sans doute, si les hommes étaient tous gens de bien; mais comme ils sont méchants, et qu\'assurément ils ne vous tiendraient point leur parole, pourquoi devriez-vous leur tenir la vôtre ? Et d\'ailleurs, un prince peut-il manquer de raisons légitimes pour colorer l\'inexécution de ce qu\'il a promis ?\r\rÀ ce propos on peut citer une infinité d\'exemples modernes, et alléguer un très grand nombre de traités de paix, d\'accords de toute espèce, devenus vains et inutiles par l\'infidélité des princes qui les avaient conclus. On peut faire voir que ceux qui ont su le mieux agir en renard sont ceux qui ont le plus prospéré.\r\rMais pour cela, ce qui est absolument nécessaire, c\'est de savoir bien déguiser cette nature de renard, et de posséder parfaitement l\'art et de simuler et de dissimuler. Les hommes sont si aveugles, si entraînés par le besoin du moment, qu\'un trompeur trouve toujours quelqu\'un qui se laisse tromper. [...]\r\rAinsi donc, pour en revenir aux bonnes qualités énoncées ci-dessus, il n\'est pas bien nécessaire qu\'un prince les possède toutes; mais il l\'est qu\'il paraisse les avoir. J\'ose même dire que s\'il les avait effectivement, et s\'il les montrait toujours dans sa conduite, elles pourraient lui nuire, au lieu qu\'il lui est toujours utile d\'en avoir l\'apparence. Il lui est toujours bon, par exemple, de paraître clément, fidèle, humain, religieux, sincère; il l\'est même d\'être tout cela en réalité : mais il faut en même temps qu\'il soit assez maître de lui pour pouvoir et savoir au besoin montrer les qualités opposées.\r\rOn doit bien comprendre qu\'il n\'est pas possible à un prince, et surtout à un prince nouveau, d\'observer dans sa conduite tout ce qui fait que les hommes sont réputés gens de bien, et qu\'il est souvent obligé, pour maintenir l\'État, d\'agir contre l\'humanité, contre la charité, contre la religion même. Il faut donc qu\'il ait l\'esprit assez flexible pour se tourner à toutes choses, selon que le vent et les accidents de la fortune le commandent; il faut, comme je l\'ai dit, que tant qu\'il le peut il ne s\'écarte pas de la voie du bien, mais qu\'au besoin il sache entrer dans celle du mal.\r',1); INSERT INTO example_fulltext VALUES (9,'0000-00-00','Le Prince',7,'(1513, publ. 1532), chapitre VIII\rTraduction de J. V. Périès (1826).','Agathocle, Sicilien, parvint non seulement du rang de simple particulier, mais de l\'état le plus abject, à être roi de Syracuse. Fils d\'un potier, il se montra scélérat dans tous les degrés que parcourut sa fortune; mais il joignit à sa scélératesse tant de force d\'âme et de corps, que, s\'étant engagé dans la carrière militaire, il s\'éleva de grade en grade jusqu\'à la dignité de préteur de Syracuse. Parvenu à cette élévation, il voulut être prince, et même posséder par violence, et sans en avoir obligation à personne, le pouvoir souverain qu\'on avait consenti à lui accorder. Pour atteindre ce but, s\'étant concerté avec Amilcar, général carthaginois qui commandait une armée en Sicile, il convoqua un matin le peuple et le sénat de Syracuse, comme pour délibérer sur des affaires qui concernaient la république; et, à un signal donné, il fit massacrer par ses soldats tous les sénateurs et les citoyens les plus riches, après quoi il s\'empara de la principauté, qu\'il conserva sans aucune contestation. [...] \rVéritablement on ne peut pas dire qu\'il y ait de la valeur à massacrer ses concitoyens, à trahir ses amis, à être sans foi, sans pitié, sans religion : on peut, par de tels moyens, acquérir du pouvoir, mais non de la gloire. Mais si l\'on considère avec quel courage Agathocle sut se précipiter dans les dangers et en sortir, avec quelle force d\'âme il sut et souffrir et surmonter l\'adversité, on ne voit pas pourquoi il devrait être placé au-dessous des meilleurs capitaines. On doit reconnaître seulement que sa cruauté, son inhumanité et ses nombreuses scélératesses, ne permettent pas de le compter au nombre des grands hommes. Bornons-nous donc à conclure qu\'on ne saurait attribuer à la fortune ni à la vertu l\'élévation qu\'il obtint sans l\'une et sans l\'autre. [...]\r\rQuelqu\'un pourra demander pourquoi Agathocle, ou quelque autre tyran semblable, put, malgré une infinité de trahisons et de cruautés, vivre longtemps en sûreté dans sa patrie, se défendre contre ses ennemis extérieurs, et n\'avoir à combattre aucune conjuration formée par ses concitoyens; tandis que plusieurs autres, pour avoir été cruels, n\'ont pu se maintenir ni en temps de guerre, ni en temps de paix. Je crois que la raison de cela est dans l\'emploi bon ou mauvais des cruautés. Les cruautés sont bien employées (si toutefois le mot bien peut être jamais appliqué à ce qui est mal), lorsqu\'on les commet toutes à la fois, par le besoin de pourvoir à sa sûreté, lorsqu\'on n\'y persiste pas, et qu\'on les fait tourner, autant qu\'il est possible, à l\'avantage des sujets. Elles sont mal employées, au contraire, lorsque, peu nombreuses dans le principe, elles se multiplient avec le temps au lieu de cesser.\r',1); INSERT INTO example_fulltext VALUES (10,'0000-00-00','Essais',6,NULL,'Or je trouve, pour revenir à mon propos, qu\'il n\'y a rien de barbare et de sauvage en cette nation, à ce qu\'on m\'en a rapporté, sinon que chacun appelle barbarie ce qui n\'est pas de son usage; comme de vrai, il semble que nous n\'avons autre mire de la vérité et de la raison que l\'exemple et idée des opinions et usances du pays où nous sommes. Là est toujours la parfaite religion, la parfaite police, parfait et accompli usage de toutes choses. Ils sont sauvages, de même que nous appelons sauvages les fruits que nature, de soi et de son progrès ordinaire, a produits : là où, à la vérité, ce sont ceux que nous avons altérés par notre artifice et détournés de l\'ordre commun, que nous devrions appeler plutôt sauvages. [...] \rCes nations me semblent donc ainsi barbares, pour avoir reçu fort peu de façon de l\'esprit humain (1), et être encore fort voisines de leur naïveté originelle. Les lois naturelles leur commandent encore, fort peu abâtardies par les nôtres; mais c\'est en telle pureté, qu\'il me prend quelquefois déplaisir de quoi la connaissance n\'en soit venue plus tôt, du temps qu\'il y avait des hommes qui en eussent su mieux juger que nous. Il me déplaît que Lycurgue et Platon ne l\'aient eue; car il me semble que ce que nous voyons par expérience en ces nations-là, surpasse non seulement toutes les peintures de quoi la poésie a embelli l\'âge doré et toutes ses inventions à feindre (2) une heureuse condition d\'hommes, mais encore la conception et le désir même de la philosophie. Ils n\'ont pu imaginer une naïveté si pure et simple, comme nous la voyons par expérience; ni n\'ont pu croire que notre société se peut maintenir avec si peu d\'artifice et de soudure humaine. [...]\r\rIls ont leurs guerres contre les nations qui sont au-delà de leurs montagnes, plus avant en la terre ferme, auxquelles ils vont tout nus, n\'ayant autres armes que des arcs ou des épées de bois, apointées par un bout, à la mode des langues de nos épieux. C\'est chose émerveillable que de la fermeté de leurs combats, qui ne finissent jamais que par meurtre et effusion de sang; car, de déroutes et d\'effroi, ils ne savent que c\'est. Chacun rapporte pour son trophée la tête de l\'ennemi qu\'il a tué, et l\'attache à l\'entrée de son logis. Aprés avoir longtemps bien traité leurs prisonniers, et de toutes les commodités dont ils se peuvent aviser, celui qui en est le maître, fait une grande assemblée de ses connaissants; il attache une corde à l\'un des bras du prisonnier, par le bout de laquelle il le tient éloigné de quelques pas, de peur d\'en être offensé (3), et donne au plus cher de ses amis l\'autre bras à tenir de même; et eux deux, en présence de toute l\'assemblée, l\'assomment à coups d\'épée. Cela fait, ils le rôtissent et en mangent en commun et en envoient des lopins à ceux de leurs amis qui sont absents. Ce n\'est pas, comme on pense, pour s\'en nourrir, ainsi que faisaient anciennement les Scythes; c\'est pour représenter une extrême vengeance. [...]\r\rJe ne suis pas marri que nous remarquons l\'horreur barbaresque qu\'il y a en une telle action, mais oui bien de quoi, jugeant bien de leurs fautes, nous soyons si aveugles aux nôtres. Je pense qu\'il y a plus de barbarie à manger un homme vivant qu\'à le manger mort, à déchirer par tourments et par gênes un corps encore plein de sentiment, le faire rôtir par le menu, le faire mordre et meurtrir aux chiens et aux pourceaux (comme nous l\'avons non seulement lu, mais vu de fraîche mémoire, non entre des ennemis anciens, mais entre des voisins et concitoyens, et, qui pis est, sous prétexte de piété et de religion) (4), que de le rôtir et manger après qu\'il est trépassé.\r\r',1); INSERT INTO example_fulltext VALUES (11,'0000-00-00','Traité du vide',5,'Préface','N\'est-ce pas indignement traiter la raison de l\'homme, et la mettre en parallèle avec l\'instinct des animaux, puisqu\'on en ôte la principale différence, qui consiste en ce que les effets du raisonnement augmentent sans cesse, au lieu que les autres demeurent toujours dans un état égal ? Les ruches des abeilles étaient aussi bien mesurées il y a mille ans qu\'aujourd\'hui, et chacune d\'elles forme cet hexagone aussi exactement la première fois que la dernière. Il en est de même de tout ce que les animaux produisent par ce mouvement occulte. La nature les instruit à mesure que la nécessité les presse; mais cette science fragile se perd avec les besoins qu\'elles en ont. Comme ils la reçoivent sans étude, ils n\'ont pas le bonheur de la conserver; et toutes les fois qu\'elle leur est donnée, elle leur est nouvelle, puisque, la nature n\'ayant pour objet que de maintenir les animaux dans un ordre de perfection bornée, elle leur inspire cette science nécessaire toujours égale, de peur qu\'ils ne tombent dans le dépérissement, et ne permet pas qu\'ils y ajoutent, de peur qu\'ils ne passent les limites qu\'elle leur a prescrites. Il n\'en est pas de même de l\'homme, qui n\'est produit que pour l\'infinité. Il est dans l\'ignorance au premier âge de sa vie; mais il s\'instruit sans cesse dans son progrès : car il tire avantage non seulement de sa propre expérience, mais encore de celle de ses prédécesseurs, parce qu\'il conserve toujours dans sa mémoire les connaissances qu\'il s\'est une fois acquises, et que celles des anciens lui sont toujours présentes dans les livres qu\'ils en ont laissés. Et comme il conserve ces connaissances, il peut aussi les augmenter facilement; de sorte que les hommes sont aujourd\'hui en quelque sorte dans le même état où se trouveraient ces anciens philosophes, s\'ils pouvaient avoir vieilli jusques à présent, en ajoutant aux connaissances qu\'ils avaient celles que leurs études leur auraient pu acquérir à la faveur de tant de siècles. De là vient que, par une prérogative particulière, non seulement chacun des hommes s\'avance de jour en jour dans les sciences, mais que tous les hommes ensemble y font un continuel progrès à mesure que l\'univers vieillit, parce que la même chose arrive dans la succession des hommes que dans les âges différents d\'un particulier. De sorte que toute la suite des hommes, pendant le cours de tant de siècles, doit être considérée comme un même homme qui subsiste toujours et qui apprend continuellement.',1); INSERT INTO example_fulltext VALUES (12,'0000-00-00','La République',4,'livre VII, 514a-517c,','SOCRATE. — Maintenant, repris-je, représente-toi de la façon que voici l\'état de notre nature relativement à l\'instruction et à l\'ignorance. Figure-toi des hommes dans une demeure souterraine, en forme de caverne, ayant sur toute sa largeur une entrée ouverte à la lumière; ces hommes sont là depuis leur enfance, les jambes et le cou enchaînés de sorte qu\'ils ne peuvent bouger ni voir ailleurs que devant eux, la chaîne les empêchant de tourner la tête; la lumière leur vient d\'un feu allumé sur une hauteur, au loin derrière eux; entre le feu et les prisonniers passe une route élevée : imagine que le long de cette route est construit un petit mur, pareil aux cloisons que les montreurs de marionnettes dressent devant eux, et au-dessus desquelles ils font voir leurs merveilles.\rGLAUCON. — Je vois cela, dit-il.\r— Figure-toi maintenant le long de ce petit mur des hommes portant des objets de toute sorte, qui dépassent le mur, et des statuettes d\'hommes et d\'animaux, en pierre, en bois, et en toute espèce de matière; naturellement, parmi ces porteurs, les uns parlent et les autres se taisent.\r— Voilà, s\'écria-t-il, un étrange tableau et d\'étranges prisonniers.\r— Ils nous ressemblent, répondis-je; et d\'abord, penses-tu que dans une telle situation ils aient jamais vu autre chose d\'eux-mêmes et de leurs voisins que les ombres projetées par le feu sur la paroi de la caverne qui leur fait face?\r— Et comment? observa-t-il, s\'ils sont forcés de rester la tête immobile durant toute leur vie?\r— Et pour les objets qui défilent, n\'en est-il pas- de même?\r— Sans contredit.\r— Si donc ils pouvaient s\'entretenir ensemble ne penses-tu pas qu\'ils prendraient pour des objets réels les ombres qu\'ils verraient?\r— Il y a nécessité.\r— Et si la paroi du fond de la prison avait un écho, chaque fois que l\'un des porteurs parlerait, croiraient-ils entendre autre chose que l\'ombre qui passerait devant eux?\r— Non, par Zeus, dit-il.\r— Assurément, repris-je, de tels hommes n\'attribueront de réalité qu\'aux ombres des objets fabriqués.\r— C\'est de toute nécessité.\r— Considère maintenant ce qui leur arrivera naturellement si on les délivre de leurs chaînes et qu\'on les guérisse de leur ignorance. Qu\'on détache l\'un de ces prisonniers, qu\'on le force à se dresser immédiatement, à tourner le cou, à marcher à lever les yeux vers la lumière : en faisant tous ces mouvements il souffrira, et l\'éblouissement l\'empêchera de distinguer ces objets dont tout à l\'heure il voyait les ombres. Que crois-tu donc qu\'il répondra si quelqu\'un lui vient dire qu\'il n\'a vu jusqu\'alors que de vains fantômes, mais qu\'à présent, plus près de la réalité et tourné vers des objets plus réels, il voit plus juste? si, enfin, en lui montrant chacune des choses qui passent, on l\'oblige, à force questions, à dire ce que c\'est? Ne penses-tu pas qu\'il sera embarrassé, et que les ombres qu\'il voyait tout à l\'heure lui paraîtront plus vraies que les objets qu\'on lui montre maintenant?\r— Beaucoup plus vraies, reconnut-il.\r— Et si on le force à regarder la lumière elle-même, ses yeux n\'en seront-ils pas blessés? n\'en fuira-t-il pas la vue pour retourner aux choses qu\'il peut regarder, et ne croira-t-il pas que ces dernières sont réellement plus distinctes que celles qu\'on lui montre?\r— Assurément.\r— Et si, repris-je, on l\'arrache de sa caverne par force, qu\'on lui fasse gravir la montée rude et escarpée, et qu\'on ne le lâche pas avant de l\'avoir traîné jusqu\'à la lumière du soleil, ne souffrira-t-il pas vivement, et ne se plaindra-t-il pas de ces violences? Et lorsqu\'il sera parvenu à la lumière, pourra-t-il, les yeux tout éblouis par son éclat, distinguer une seule des choses que maintenant nous appelons vraies?\r— II ne le pourra pas, répondit-il; du moins dès l\'abord.\r— Il aura, je pense, besoin d\'habitude pour voir les objets de la région supérieures. D\'abord ce seront les ombres qu\'il distinguera le plus facilement, puis les images des hommes et des autres objets qui se reflètent dans les eaux, ensuite les objets eux-mêmes. Après cela, Il pourra, affrontant la clarté des astres et de la lune, contempler plus facilement pendant la nuit les corps célestes et le ciel lui-même, que pendant le jour le soleil et sa lumière.\r— Sans doute.\r— À la fin, j\'imagine, ce sera le soleil - non ses vaines images réfléchies dans les eaux ou en quelque autre endroit - mais le soleil lui-même à sa vraie place, qu\'il pourra voir et contempler tel qu\'il est. \r— Nécessairement, dit-il.\r— Après cela il en viendra à conclure au sujet du soleil, que c\'est lui qui fait les saisons et les années, qui gouverne tout dans le monde visible, et qui, d\'une certaine manière, est la cause de tout ce qu\'il voyait avec ses compagnons dans la caverne.\r— Évidemment, c\'est à cette conclusion qu\'il arrivera.\r[...]\r— Maintenant, mon cher Glaucon, repris-je, il faut appliquer point par point cette image à ce que nous avons dit plus haut, comparer le monde que nous découvre la vue au séjour de la prison, et la lumière du feu qui l\'éclaire à la puissance du soleil. Quant à la montée dans la région supérieure et à la contemplation de ses objets, si tu la considères comme l\'ascension de l\'âme vers le lieu intelligible, tu ne te tromperas pas sur ma pensée, puisque aussi bien tu désires la connaître. Dieu sait si elle est vraie. Pour moi, telle est mon opinion : dans le monde intelligible l\'idée du bien est perçue la dernière et avec peine, mais on ne la peut percevoir sans conclure qu\'elle est la cause de tout ce qu\'il y a de droit et de beau en toutes choses; qu\'elle a, dans le monde visible, engendré la lumière et le souverain de la lumière; que, dans le monde intelligible, c\'est elle-même qui est souveraine et dispense la vérité et l\'intelligence; et qu\'il faut la voir pour se conduire avec sagesse dans la vie privée et dans la vie publique.',1); INSERT INTO example_fulltext VALUES (13,'0000-00-00','Du Contrat social',3,'livre I, chap. VI.','Je suppose les hommes parvenus à ce point où les obstacles qui nuisent à leur conservation dans l\'état de nature l\'emportent, par leur résistance, sur les forces que chaque individu peut employer pour se maintenir dans cet état. Alors cet état primitif ne peut plus subsister; et le genre humain périrait s\'il ne changeait de manière d\'être. \rOr, comme les hommes ne peuvent engendrer de nouvelles forces, mais seulement unir et diriger celles qui existent, ils n\'ont plus d\'autre moyen, pour se conserver, que de former par agrégation une somme de forces qui puisse l\'emporter sur la résistance, de les mettre en jeu par un seul mobile et de les faire agir de concert.\r\rCette somme de forces ne peut naître que du concours de plusieurs; mais la force et la liberté de chaque homme étant les premiersinstruments de sa conservation, comment les engagera-t-il sans se nuire et sans négliger les soins qu\'il se doit ? Cette difficulté, ramenée à mon sujet, peut s\'énoncer en ces termes :\r\r«Trouver une forme d\'association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun, s\'unissant à tous, n\'obéisse pourtant qu\'à lui-même, et reste aussi libre qu\'auparavant.» Tel est le problème fondamental dont le contrat social donne la solution.\r\rLes clauses de ce contrat sont tellement déterminées par la nature de l\'acte, que la moindre modification les rendrait vaines et de nul effet; en sorte que, bien qu\'elles n\'aient peut-être jamais été formellement énoncées, elles sont partout les mêmes, partout tacitement admises et reconnues, jusqu\'à ce que, le pacte social étant violé, chacun rentre alors dans ses premiers droits, et reprenne sa liberté naturelle, en perdant la liberté conventionnelle pour laquelle il y renonça.\r\rCes clauses, bien entendues, se réduisent toutes à une seule — savoir, l\'aliénation totale de chaque associé avec tous ses droits à toute la communauté. Car, premièrement, chacun se donnant tout entier, la condition est égale pour tous; et la condition étant égale pour tous, nul n\'a intérêt de la rendre onéreuse aux autres.\r\rDe plus, l\'aliénation se faisant sans réserve, l\'union est aussi parfaite qu\'elle peut l\'être, et nul associé n\'a plus rien à réclamer : car, s\'il restait quelques droits aux particuliers, comme il n\'y aurait aucun supérieur commun qui pût prononcer entre eux et le public, chacun, étant en quelque point son propre juge, prétendrait bientôt l\'être en tous; l\'état de nature subsisterait, et l\'association deviendrait nécessairement tyrannique ou vaine.\r\rEnfin, chacun se donnant à tous ne se donne à personne; et comme il n\'y a pas un associé sur lequel on n\'acquière le même droit qu\'on lui cède sur soi, on gagne l\'équivalent de tout ce qu\'on perd, et plus de force pour conserver ce qu\'on a.\r\rSi donc on écarte du pacte social ce qui n\'est pas de son essence, on trouvera qu\'il se réduit aux termes suivants : Chacun de nous met en commun sa personne et toute sa puissance sous la suprême direction de la volonté générale; et nous recevons encore chaque membre comme partie indivisible du tout.\r',1); INSERT INTO example_fulltext VALUES (14,'0000-00-00','Du Contrat social',3,'livre II, chap. VI.','Mais qu\'est-ce donc enfin qu\'une loi ? Tant qu\'on se contentera de n\'attacher à ce mot que des idées métaphysiques, on continuera de raisonner sans s\'entendre, et quand on aura dit ce que c\'est qu\'une loi de la nature, on n\'en saura pas mieux ce que c\'est qu\'une loi de l\'État. \rJ\'ai déjà dit qu\'il n\'y avait point de volonté générale sur un objet particulier. En effet, cet objet particulier est dans l\'État ou hors de l\'État. S\'il est hors de l\'État, une volonté qui lui est étrangère n\'est point générale par rapport à lui; et si cet objet est dans l\'État, il en fait partie. Alors il se forme entre le tout et sa partie une relation qui en fait deux êtres séparés, dont la partie est l\'un, et le tout, moins cette même partie, est l\'autre. Mais le tout moins une partie n\'est point le tout, et tant que ce rapport subsiste, il n\'y a plus de tout, mais deux parties inégales; d\'où il suit que la volonté de l\'une n\'est point non plus générale par rapport à l\'autre.\r\rMais quand tout le peuple statue sur tout le peuple, il ne considère que lui-même, et s\'il se forme alors un rapport, c\'est de l\'objet entier sous un point de vue à I\'objet entier sous un autre point de vue, sans aucune division du tout. Alors la matière sur laquelle on statue est générale comme la volonté qui statue. C\'est cet acte que j\'appelle une loi.\r\r[...]\r\rSur cette idée, on voit à l\'instant qu\'il ne faut plus demander à qui il appartient de faire des lois, puisqu\'elles sont des actes de la volonté générale; ni si le prince est au-dessus des lois, puisqu\'il est membre de l\'État; ni si la loi peut être injuste, puisque nul n\'est injuste envers lui-même; ni comment on est libre et soumis aux lois, puisqu\'elles ne sont que des registres de nos volontés.\r\rOn voit encore que, la loi réunissant l\'universalité de la volonté et celle de l\'objet, ce qu\'un homme, quel qu\'il puisse être, ordonne de son chef n\'est point une loi; ce qu\'ordonne même le souverain sur un objet particulier n\'est pas non plus une loi, mais un décret, ni un acte de souveraineté, mais de magistrature.\r\rJ\'appelle donc république tout État régi par des lois, sous quelque forme d\'administration que ce puisse être : car alors seulement l\'intérêt public gouverne, et la chose publique est quelque chose. Tout gouvernement légitime est républicain\r',1); INSERT INTO example_fulltext VALUES (15,'0000-00-00','Traité sur la tolérance',2,'chap. XXIII','Ce n\'est donc plus aux hommes que je m\'adresse; c\'est à toi, Dieu de tous les êtres, de tous les mondes et de tous les temps : s\'il est permis à de faibles créatures perdues dans l\'immensité, et imperceptibles au reste de l\'univers, d\'oser te demander quelque chose, à toi qui as tout donné, à toi dont les décrets sont immuables comme éternels, daigne regarder en pitié les erreurs attachées à notre nature; que ces erreurs ne fassent point nos calamités. Tu ne nous as point donné un coeur pour nous haïr, et des mains pour nous égorger; fais que nous nous aidions mutuellement à supporter le fardeau d\'une vie pénible et passagère; que les petites différences entre les vêtements qui couvrent nos débiles corps, entre tous nos langages insuffisants, entre tous nos usages ridicules, entre toutes nos lois imparfaites, entre toutes nos opinions insensées, entre toutes nos conditions si disproportionnées à nos yeux, et si égales devant toi; que toutes ces petites nuances qui distinguent les atomes appelés hommes ne soient pas des signaux de haine et de persécution; que ceux qui allument des cierges en plein midi pour te célébrer supportent ceux qui se contentent de la lumière de ton soleil; que ceux qui couvrent leur robe d\'une toile blanche pour dire qu\'il faut t\'aimer ne détestent pas ceux qui disent la même chose sous un manteau de laine noire; qu\'il soit égal de t\'adorer dans un jargon formé d\'une ancienne langue, ou dans un jargon plus nouveau; que ceux dont l\'habit est teint en rouge ou en violet, qui dominent sur une petite parcelle d\'un petit tas de la boue de ce monde, et qui possèdent quelques fragments arrondis d\'un certain métal, jouissent sans orgueil de ce qu\'ils appellent grandeur et richesse, et que les autres les voient sans envie : car tu sais qu\'il n\'y a dans ces vanités ni de quoi envier, ni de quoi s\'enorgueillir.\r\rPuissent tous les hommes se souvenir qu\'ils sont frères ! Qu\'ils aient en horreur la tyrannie exercée sur les âmes, comme ils ont en exécration le brigandage qui ravit par la force le fruit du travail et de l\'industrie paisible ! Si les fléaux de la guerre sont inévitables, ne nous haïssons pas, ne nous déchirons pas les uns les autres dans le sein de la paix, et employons l\'instant de notre existence à bénir également en mille langages divers, depuis Siam jusqu\'à la Californie, ta bonté qui nous a donné cet instant\r',1); INSERT INTO example_fulltext VALUES (16,'0000-00-00','Lettres à Lucilius',1,'(62-64 après J.-C.), lettre XLVII,\rTraduction Joseph Baillard (Hachette, 1914).','J’apprends avec plaisir de ceux qui viennent d’auprès de toi que tu vis en famille avec tes serviteurs : cela fait honneur à ta sagesse, à tes lumières. «Ils sont esclaves ?» Non ils sont hommes. «Esclaves ?» Non : mais compagnons de tente avec toi. «Esclaves ?» Non : ce sont des amis d’humble condition, tes coesclaves, dois-tu dire, si tu songes que le sort peut autant sur toi que sur eux. Aussi ne puis-je que rire de ceux qui tiennent à déshonneur de souper avec leur esclave, et cela parce que l’orgueilleuse étiquette veut qu’un maître à son repas soit entouré d’une foule de valets tous debout. Il mange plus qu’il ne peut contenir, son insatiable avidité surcharge un estomac déjà tout gonflé, qui, déshabitué de son office d’estomac, reçoit à grand-peine ce qu’il va rejeter avec plus de peine encore; et ces malheureux n’ont pas droit de remuer les lèvres, fût-ce même pour parler. Les verges châtient tout murmure; les bruits involontaires ne sont pas exceptés des coups, ni toux, ni éternuement, ni hoquet; malheur à qui interrompt le silence par le moindre mot ! ils passent les nuits entières debout, à jeun, lèvres closes. Qu’en arrive-t-il ? Que leur langue ne s’épargne pas sur un maître en présence duquel elle est enchaînée. Jadis ils pouvaient converser et devant le maître et avec lui, et leur bouche n’était point scellée; aussi étaient-ils hommes à s’offrir pour lui au bourreau, à détourner sur leurs têtes le péril qui eût menacé la sienne. Ils parlaient à table, ils se taisaient à la torture. Voici encore un adage inventé par ce même orgueil : Autant de valets, autant d’ennemis. Nous ne les avons pas pour ennemis, nous les faisons tels. Et que d’autres traits cruels et inhumains sur lesquels je passe, et l’homme abusant de l’homme comme d’une bête de charge ! Et nous, accoudés sur nos lits de festin, tandis que l’un essuie les crachats des convives, que l’autre éponge à deux genoux les dégoûtants résultats de l’ivresse, qu’un troisième découpe les oiseaux de prix, et promenant une main exercée le long du poitrail et des cuisses, détache le tout en aiguillettes ! Plaignons l’homme dont la vie a pour tout emploi de disséquer avec grâce des volailles, mais plaignons plus peut-être l’homme qui donne ces leçons dans la seule vue de son plaisir, que celui qui s’y conforme par nécessité. [...] \rSonge donc que cet être que tu appelles ton esclave est né d’une même semence que toi, qu’il jouit du même ciel, qu’il respire le même air, qu’il vit et meurt comme toi. Tu peux le voir libre, il peut te voir esclave. Lors du désastre de Varus, que de personnages de la plus haute naissance à qui leurs emplois militaires allaient ouvrir le sénat, furent dégradés par la Fortune jusqu’à devenir pâtres ou gardiens de cabanes ! Après cela méprise des hommes au rang desquels avec tes mépris tu peux passer demain !\r\rJe ne veux pas étendre à l’infini mon texte, ni faire une dissertation sur la conduite à tenir envers nos domestiques traités par nous avec tant de hauteurs, de cruautés, d’humiliations. Voici toutefois ma doctrine en deux mots : Sois avec ton inférieur comme tu voudrais que ton supérieur fût avec toi. Chaque fois que tu songeras à l’étendue de tes droits sur ton esclave, chaque fois tu dois songer que ton maître en a d’égaux sur toi. «Mon maître ! vas-tu dire, mais je n’en ai point.» Tu es jeune encore : tu peux en avoir un jour. Ignores-tu à quel âge Hécube fit l’apprentissage de la servitude ? Et Crésus ! et la mère de Darius ! Et Platon ! Et Diogène ! Montre à ton esclave de la bienveillance : admets-le dans ta compagnie, à ton entretien, à tes conseils, à ta table.\r\r[...] Pourquoi, ô Lucilius ! ne chercher un ami qu’au forum et au sénat ? Regarde bien, tu le trouveras dans ta propre maison. Souvent de bons matériaux se perdent faute d’ouvrier; essaie, fais une épreuve. Comme il y aurait folie à marchander un cheval en examinant non la bête, mais la housse et le frein; bien plus fou est-on de priser l’homme sur son costume, ou sur sa condition qui n’est qu’une sorte de costume et d’enveloppe. «Mais un esclave !» Son âme peut-être est d’un homme libre. Un esclave ! Ce titre lui fera-t-il tort ? Montre-moi qui ne l’est pas. L’un est esclave de la débauche, l’autre de l’ambition, tous le sont de la peur. Je te ferai voir des hommes consulaires valets d’une ridicule vieille, des riches, humbles servants d’une chambrière, des jeunes gens de la première noblesse courtisans d’un pantomime. Est-il plus indigne servitude qu’une servitude volontaire ? En dépit donc de tous nos glorieux, montre à tes serviteurs un visage serein et point de hautaine supériorité.\r',1);